L'art des sceaux chinois
 
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par Patrick Le Gac

Le sceau reste indispensable pour tout acte officiel en Extrême-Orient : chèque, contrat... où il remplace la signature en europe.

le cachet est, en Chine, un élément à part entière de la culture savante.

   

Depuis les environs du Ve siècle av. J.C., le sceau authentifie et rend exécutoires les actes de l’Administration ; il évoque la perfection des institutions et la gloire des généraux du passé.

Les lettrés, se devant de cultiver les arts par excellence que sont en Chine la calligraphie et la peinture, vont s’intéresser aux sceaux. Pourquoi ? Parce qu’ils concilient deux de leurs passions : la belle écriture et les antiquités. Quoi, mieux que le sceau, gravé de caractères archaïques, pouvait réunir ces deux aspirations ?

Dès les Song (960-1280), les lettrés vont prêter une grande attention à la qualité des cachets de métal ou de jade, qu’ils font graver par des artisans, et prennent l’habitude d’apposer sur leurs peintures, leurs calligraphies, leurs livres ou les oeuvres qu’ils collectionnent. C’est ainsi que l’usage du sceau se diversifie. Loin de n’être qu’une signature, il sert à marquer les rouleaux précieusement conservés dans une bibliothèque ; il porte le pseudonyme ou le nom du studio de son propriétaire...

Deux facteurs vont encore d’avantage ancrer, au XVe siècle, le cachet dans la tradition savante : la découverte de pierres tendres, plus faciles à travailler que le bronze ou le jade, et le développement concomitant des « sceaux fantaisie », car portant le texte qu’on veut : sentence des philosophes, vers des poètes anciens, phrase de son cru...

Cet art devient alors à la portée de tout lettré, et sera cultivé comme une branche de la calligraphie : ses principes esthétiques sont semblables, et obéissent aussi aux règles gouvernant l’habileté du maniement du couteau à graver, la mise en « page » dans l’espace du sceau, et l’équilibre, la disposition de chaque caractère pris isolément. Bien des peintres, calligraphes et littérateurs sont également connus comme graveurs, tel Qi Baishi (1863-1957). A l’égal de la peinture, de la musique, des échecs, de la poésie, la gravure des sceaux fait partie des plaisirs raffinés de l’homme de goût à la recherche de la sagesse.

Autant que dans les autres disciplines picturales s’y exprime la personnalité d’un artiste, et le style des grands graveurs, qui signent leurs oeuvres, est aussi reconnaissable que ceux de nos peintres. Les plus célèbres se sont illustrés depuis le milieu du XVIe siècle. Cependant, cet art est toujours très vivant, tant en Chine qu’à Taiwan. La moyenne des grandes villes abrite une ou plusieurs sociétés de sigillographie, avec leurs publications, des expositions, sans oublier la formation de jeunes talents.

   
 

Laurent Long

Graveur de sceaux

par Patrick Le Gac

 

Laurent LONG, sinologue, grave des sceaux depuis 1987. Il a été chargé de compiler la rubrique « Sigillographie » du Grand Ricci.

Il fait découvrir depuis dix ans au public parisien deux arts chinois méconnus, mais placés depuis des siècles au coeur des préoccupations esthétiques des lettrés chinois : la calligraphie et la gravure des sceaux. L’écriture, messagère des oracles, expression du rituel, instrument de la bureaucratie, est théorisée en art dès le IIIe siècle. Le sceau, porteur de la perfection des institutions et de la gloire des généraux du passé concilie merveilleusement deux passions des érudits : la calligraphie et les antiquités.

Dès l’âge de quinze ans, il se passionne, après une visite au Musée Guimet, pour les arts et les civilisations d’Extrême-Orient. Le bac passé, il commence des études de chinois aux « Langues Orientales » et a passé son doctorat avec une thèse sur : Les Sept classiques militaires dans la pensée stratégique chinoise contemporaine.

La maîtrise en poche, Laurent LONG part perfectionner son chinois à Taiwan. Il y rencontre un vieux maître « excellent dans les Lettres comme dans les Armes », ancien général, qui l’initie à la calligraphie et à la gravure des sceaux pendant toute la durée de son séjour. Ayant assimilé les bases de ces arts, il rentre en France, où il peut heureusement « remplacer le maître par les livres », parvenant ainsi à la maîtrise des formes archaïques de calligraphie et d’une vingtaine de styles de gravure de sceaux.

En 1988, il fonde le Studio-des-Pensées-Fraîches ; artistes et curieux de l’Extrême-Orient, viennent de Paris, et même de province, choisir une pierre, commander un sceau et se fournir en articles pour cachets.

Non content d’être graveur et calligraphe, Laurent LONG est presque devenu un lettré chinois : il écrit couramment en chinois classique, collectionne sceaux, livres, recueils de cachets et peintures, s’intéresse au théâtre chinois, à la cithare qin, à l’art du thé et des jardins. Il prépare une étude sur l’histoire des sceaux.